
Ouagadougou, 30 oct. 2026 (AIB)-Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a exhorté la France à se préparer au sevrage de la prédation des ressources africaines pour vivre de ses vraies capacités. Il s’exprimait à Moscou dans une interview accordée à la télévision russe RT.
« La France a suffisamment vécu de la prédation des ressources de ce qu’elle considère comme son pré carré, ses anciennes colonies, où elle place qui elle veut à la tête des États », a affirmé Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo à RT, le 27 octobre 2026, en marge du troisième Sommet Russie-Afrique à Moscou.
« Nous n’avons rien contre le peuple français. […] Que la France se prépare donc au sevrage, pour vivre sa vraie réalité, de ses vraies capacités, au lieu de sucer le sang de ces pays. Ça n’a que trop duré », a ajouté le chef du gouvernement.
Pour illustrer son propos, le Premier ministre a eu recours à l’image de l’enfant que l’on doit sevrer après le biberon ou le sein maternel. Selon lui, il ne s’agit pas pour le Burkina Faso de se libérer de la France, mais pour la France de se libérer de sa dépendance aux ressources de ses anciennes colonies.
Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a souligné le contraste entre les richesses des pays du « pré carré » et la situation de leurs populations. Selon lui, ces pays sont riches de leurs ressources minières, forestières et marines, mais leur jeunesse continue de mourir en mer en quête d’un « illusoire eldorado ».
Revenant sur les raisons de la détérioration des relations entre Ouagadougou et Paris, le Premier ministre a dénoncé une politique de domination vieille de plus de cent trente ans.
Il a rappelé la récente commémoration des cent trente ans de l’invasion coloniale, au cours de laquelle la très sanguinaire colonne Voulet-Chanoine a massacré des villages entiers dans l’actuelle région de Kuilsé, en 1896. « Ce qui semble si lointain est toujours en cours dans nos États, parce que c’est un pays qui n’arrive pas à mettre son logiciel à jour », a estimé Rimtalba Ouédraogo.
Selon le chef du gouvernement, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, a constaté dès son arrivée au pouvoir un partenariat « totalement déséquilibré », fondé sur des accords léonins au profit d’une seule partie.
« Nous refusons d’être les spectateurs du destin de nos pays qui se joue à Paris : ça, c’est fini », a-t-il martelé. Il a ajouté que le Burkina Faso travaille à être maître de ses choix stratégiques, « sans le diktat de qui que ce soit ».
Le Premier ministre a par ailleurs rejeté l’idée selon laquelle le Burkina Faso aurait « quitté un maître pour un autre » en se tournant vers la Russie. Il a présenté la coopération avec Moscou comme « honnête, transparente, d’égal à égal », dans l’intérêt partagé des peuples, et a rappelé que la Russie n’a jamais colonisé de pays africain.
Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a enfin assuré que la rupture avec Paris et le départ de l’Agence française de développement (AFD) n’avaient pas provoqué l’effondrement annoncé par certains. Selon lui, le pays ne s’est jamais aussi bien porté sur les plans économique, financier et du développement. « Nous regardons devant. La France est derrière nous », a-t-il conclu.
Agence d’information du Burkina
